Développement

Afrique : Le leadership doit devenir une politique publique durable

13.10.2026, 12:24

C’est ce que préconise une tribune d’un institut de recherche africain indépendant, consacrée à la transformation à long terme du continent.

Pour transformer ses ambitions économiques en changements durables, l'Afrique doit cesser d'attendre l'émergence d'individus exceptionnels et bâtir de véritables systèmes institutionnels de développement du leadership.

C'est ce que préconise une tribune publiée par ISS African Futures, plateforme d'analyse prospective de l'Institute for Security Studies (ISS), un institut de recherche africain indépendant.

Consacrée à la transformation à long terme du continent, la tribune préconise d'intégrer la formation des dirigeants directement dans la conduite des politiques publiques.

Au-delà des figures providentielles

Les gouvernements et organisations africaines abordent trop souvent le leadership en recherchant des figures providentielles, comme des présidents visionnaires, des ministres réformateurs ou des fonctionnaires courageux.

Or, le développement du leadership ne peut reposer sur des ateliers occasionnels ou des programmes courts, mais doit être considéré comme une véritable infrastructure institutionnelle, relève la tribune.

Cette approche passe notamment par l'identification des potentiels dès le début de leur carrière, une progression fondée sur le mérite et une planification rigoureuse de la succession dans l'administration publique, les universités, les entreprises et la société civile.

« Le test ultime du leadership n'est pas de savoir si une personne exceptionnelle peut transformer une institution pendant son mandat. Il s'agit de savoir si cette institution peut continuer à prendre de bonnes décisions après son départ », souligne la tribune.

Former les futurs dirigeants dès l'école

Dans cette perspective, les fondations doivent être posées dès le milieu scolaire et universitaire, avec un accent sur la pensée critique, le raisonnement éthique et l'exposition concrète aux réalités institutionnelles.

La tribune préconise ensuite des parcours compétitifs et transparents au sein des ministères, des agences de régulation et des collectivités locales, afin de permettre aux jeunes professionnels d'acquérir une expérience pratique de l'élaboration des politiques publiques.

Un leadership ouvert à tous les secteurs

Elle note également que le leadership doit dépasser la seule sphère politique pour inclure des scientifiques, des professionnels de santé, des technologues et des acteurs du secteur privé.

Sur le plan stratégique, le continent africain ne manque pas de feuilles de route, qu'il s'agisse de l'Agenda 2063 de l'Union africaine ou des multiples plans nationaux de développement.

Mais l'écart reste important entre l'affichage de ces ambitions et la présence de cadres institutionnels capables de les mettre en œuvre sur le long terme, observe la tribune.

Des défis qui ont changé

Cette difficulté est d'autant plus importante que les défis auxquels sont confrontés les dirigeants africains ont changé. Alors que la génération des indépendances devait mobiliser les sociétés autour de la souveraineté nationale et de la construction des nouveaux États, les dirigeants actuels évoluent dans un environnement plus rapide et complexe, marqué par les perturbations technologiques, les pressions démographiques, les risques climatiques et la compétition géopolitique.

Face à ces mutations, la capacité à penser au-delà des cycles électoraux et budgétaires immédiats devient indispensable pour assurer la pérennité des institutions, conclut la tribune.